L'Histoire du Kendo

Kenjutsu Machidojo au Japon au début de la période Meiji (1870-1900)

 

 

Lorsqu’on étudie l’Histoire du Kendo plusieurs points essentiels ne doivent pas être oubliés.

 

                Le premier est l’avènement du sabre Japonaise. Le sabre qui apparut au milieu du XIème siècle (au milieu de l’ère Heian, 794 – 1185) avait une lame légèrement courbée, avec des arrêtes relevées (appelées Shinogi). Le modèle original est supposé avoir été manié par une tribu spécialisée dans les batailles à cheval, dans le nord du Japon, au IXème siècle. Depuis, cette lame fut utilisée par les samurais et les techniques de production firent de rapides progrès pendant la fin de l’ère Kamakura (au XIIIème siècle), le début des gouvernements dirigés par les samurais. Ainsi, il n’est pas exagéré de dire qu’autant les techniques de maniement du Shinogi (à l’origine de l’expression « Shinogi-wo-kezuru » signifiant « s’engager dans une dure compétition/bataille ») que le sabre sont tous deux de purs produits du Japon.

 

                Après la guerre Onin, qui se déroula dans la deuxième moitité de l’ère Muromachi (1392-1573), le Japon connu 100 ans d’anarchie. Beaucoup d’école de Kenjutsu furent établies à ce moment. En 1543 les armes à feu arrivèrent à Tanegashima (une île au sud du Japon). Le sabre Japonais était fait avec la méthode de coulage Tatarafuki utilisant du sable ferrugineux de haute qualité extrait des lits de rivières. Il ne fallut pas longtemps pour que de grandes quantités d’armes à feu soient produites grâce à ces matériaux et à cette méthode. En résultat, le type de bataille prévalant auparavant, avec des lourdes armures, changea radicalement pour des combats rapprochés en armure légère. De vraies expériences de combat résultèrent en un développement et une spécialisation de la forge de sabre ainsi qu’à la création de techniques de combat au sabre plus raffinées, qui nous furent transmises à travers diverses écoles comme Shinkage-ryu et Itto-ryu.

 

                Une période de paix relative s’établie à partir du début de l’ère Edo (1603-1867). A cette époque, les techniques de Ken (le sabre Japonais) passèrent d’un art de tuer à une méthode de développement de l’individu à travers des concepts tel Katsunin-Ken qui comprenait des techniques d’escrime puissantes mais aussi des préceptes de mode de vie discipliné du samurai. Ces idées furent rassemblées dans des livres discutant l’art de la guerre au début de l’ère Edo. On peut citer en exemple :

  • Heiho Kadensho « Le sabre qui donne la vie » par Yagyu Munenori
  • Fudochi Shinmyoroku « L’esprit libéré » par le prêtre Takuan

Ce livre est une interprétation de Ken to Zen « Sabre et Zen » écrit par Yagyu Munenori pour Tokugawa Iemitsu, 3ème Shogun du gouvernement Tokugawa.

  • Gorin-no-sho « Le livre des cinq roues » par Miyamoto Musashi

 

Beaucoup d’autres livres traitant de théories sur l’escrime furent publiés durant le milieu et la deuxième moitié de l’ère Edo. Beaucoup de ces livres sont devenus des classiques et influencent le Kendo actuel, et les Kendoka.

 

Le but de ces publications était d’apprendre au samurai à vivre au-delà de la mort. Ces enseignements devaient être utilisés pour la vie de tous les jours. Le samurai étudiait ces livres et leurs enseignements chaque jour, menaient une vie austère, cultivait son esprit, se dévouait au raffinement du Bujutsu, apprenait à différencier le bien et le mal et apprenait qu’en temps de crise il était capable de sacrifier sa vie pour son Han (clan) et son seigneur. Pour ramener ça à des notions modernes, il travaillait à la fois comme bureaucrate et soldat. L’esprit du Bushido évolua à cette époque, développé pendant une période de paix de 246 ans sous l’ère Tokugawa. Même après la chute du système féodal l’esprit du Bushido continua à perdurer dans les esprits Japonais.

 

D’un autre côté, alors que la paix continuait et que le Kenjutsu développait d’ésthétiques nouvelles techniques de Ken dérivant d’aptitude utilisées en combat, Naganuma Shirozaemon-Kunisato de l’école Jiki-shinkage-ryu créa une nouvelle base de techniques de Ken. Pendant l’ère Shotoku (1711-1715) Naganuma développa le Kendo-gu (équipement de protection) et établit une méthode d’entrainement utilisant le Shinai. C’est l’ancêtre direct du Kendo moderne. Par la suite, durant l’ère Horeki (1751-1764) Nakanishi Chuzo-Kotake de Itto-ryu lanca une nouvelle méthode d’entrainement utilisant Men (casque) en fer et Kendo-gu en bambou, qui devint prévalent dans beaucoup d’école en peu de temps. A l’ère Kansei (1789-1801), les compétitions inter-écoles devinrent populaires et les samurais se mirent à voyager dans leur province dans l’espoir de trouver des adversaires de plus en plus puissants afin de s’améliorer.

 

Dans la deuxième moitié de l’ère Edo (au début du XIXeme siecle) de nouveaux types d’équipement furent produit, tel le Yotsuwari Shinai. Ce nouveau shinai était plus élastique et résistant que le Fukuro Shinai qu’il remplaça. De même, un Do (protection ventrale) renforcé de cuir et laqué fut créé. Pendant cette période trois Dojos à la popularité grandissante devinrent connus comme « Les Trois Grands Dojos d’Edo » :

  • Genbukan dirigé par Chiba Shusaku
  • Renpeikan dirigé par Saito Yakuro
  • Shigakkan dirigé par Momoi Shunzo

Chiba tenta de cadrer les Waza (techniques) au shinai en établissant les « Soixante-Huit Techniques du Kenjutsu » qui les classifiait en fonction du la zone d’impact. Des techniques comme Oikomi-men et Suriage-men, qu’il nomma sont toujours utilisées.

 

Après la Restauration Meiji en 1868 la caste des samurais est dissoute et le port du sabre interdit. En conséquence de nombreux samurais perdent leur emploi et le Kenjutsu décline fortement. Par la suite, le conflit Seinan, dans la deuxième année de l’ère Meiji (1877), un mouvement de résistance raté des samurais contre le Gouvernement Central, sembla montrer une remontée du Kenjutsu au sein de la police municipale de Tokyo. Dans la vingt-huitième année de l’ère Meiji (1829) le Dai-Nippon Butoku-Kai est établi comme organisation nationale pour la promotion du Bujutsu, incluant le Kenjutsu. Autour de la même période en 1899, « Bushido », une sorte de compilation de la pensée et philosophie samurai est publié en anglais, exerçant une influence internationale.

 

Dans la première année de Taisho (1912) le Dai-Nippon Teikoku Kendo Kata (plus tard renommé Nippon Kendo Kata) est mis en place, utilisant le mot Kendo. La création du Kendo Kata répondit au souci d’unification de nombreuses écoles, leur permettant de transmettre aux générations suivantes les techniques et l’esprit du sabre Japonais, à celui de mauvaise forme des mains, causé par l’entrainement avec des sabres en bambou et à corriger les frappes imprécises, à un mauvais angle. Il était considéré que le shinai devait être traité comme une alternative au sabre Japonais. Et dans la huitième année de Taisho (1919) Nishikubo Hiromichi, estimant qu’ils y étaient conformes, consolida les objectifs originaux du Bu (ou Samurai) sous les noms Budo et Kendo.

 

Après la Seconde Guerre Mondiale le Kendo est temporairement interdit, sous l’occupation des Forces Alliées. En 1952, le kendo revient quand la All Japan Kendo Federation est créée. Le Kendo joue actuellement un rôle important au niveau scolaire et est populaire chez les vieux comme les jeunes, les hommes comme les femmes. Plusieurs millions de Kendokas de tous âges participe régulièrement et joyeusement aux Keiko (entrainement de Kendo).

 

De plus, le Kendo suscite l’intérêt tout autour du monde, et de plus en plus de pratiquants internationaux rejoignent le monde du Kendo. La Fédération International de Kendo (FIK) est établie en 1970 et le premier Championnat Mondial de Kendo (WKC, tous les trois ans) s’est tenu au Nippon Budokan la même année. En Mai 2015 le seizième WKC a eu lieu à Tokyo. Des Kendokas de cinquante-six pays différents y ont participé.

 

 

 

Traduit depuis le site de la All Japan Kendo Federation

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© Angelique Kerval